Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

20 ans après

Publié le par Xavier Pasteau

L'histoire qui vient n'est pas un roman de Dumas, rien sur les Mousquetaires, rien non plus sur "un homme et une femme", n'en déplaise à Lelouch... il y a vingt ans, jour pour jour, des centaines de milliers de gens de tous les pays débarquaient en Ile-de-France, pour célébrer les JMJ, les Journées Mondiales de la Jeunesse. En gros : un appel du pape, Jean-Paul II à l'époque, à toute la jeunesse du monde entier à se regrouper dans un seul endroit - Paris - pour fêter la chance d'être jeune et prendre conscience de ce que cela veut dire pour un chrétien. En gros, vouloir que le monde soit meilleur.

18 août 1997. Un lundi chaud d'été. Paris déserté. Ils arrivent. Depuis un an, nous sommes des dizaines de jeunes gens - et de moins jeunes - à oeuvrer pour que cela advienne. Nous avons fait fi des clientélismes d'Eglise, fait fi des ambitions de tel ou tel pour devenir un jour - peut-être - archevêque... Nous sommes passés outre les manoeuvres de tel ou tel mouvement pour être mieux placé, mieux traité, parce que tu comprends, eux, ils ont la vérité révélée... Comme si nous, les gens qui croient, ceux du dimanche à la messe du quartier, on était des pecnos ! On a vécu cela, et bien pire encore. L'Eglise de Dieu est faite d'hommes et de femmes, surtout d'hommes. Elle en a tous les défauts. 

Mais aussi l'inépuisable force, l'incroyable intelligence, l'immense capacité à transformer les choses.

Nous étions une organisation d'amateurs, gouvernée par des hommes politiques en campagne comme en soutane. Nous aurions dû nous planter. Mais cela l'a fait. J'ignore pourquoi ça a marché. J'ignore pourquoi plus d'un million de gens ont pu se rassembler à Longchamp sans qu'il n'y ait aucun mort, aucun drame, juste de la joie, de l'allégresse, du bonheur ! Et peut-être quelques bébés JMJ... Dieu ? Sûrement ! JPII ? Oui, forcément ! L'organisation méga-amateur des JMJ ? Ben non... Je le sais, j'y étais, nous on n'a rien fait... Ou alors si, peut-être, un truc dingue, peut-être ça a pesé : on y a cru.

Nous avons cru que du bordel pouvait jaillir un événement d'un enthousiasme à nul autre pareil.
Nous avons cru que de nos nuits blanches pouvait jaillir un bon moment à Paname pour des gens de partout.
Nous avons cru que de notre amateurisme allait sortir des rassemblements joyeux où chacun se trouverait bien,
Nous avons cru qu'il était possible que nous ne dormions plus, que nous dépassions notre jeunesse, pour faire que cela fût possible. Que vous fûtes, jeunes du monde, nos invités.
Nous avons eu l'arrogance de penser que ce pouvait être de notre fait, que vous passiez cette semaine chez nous, à Paris, avec le pape.
Nous avons espéré que vous ne ratiez rien. Nous avons pleuré parce que tout n'était pas parfait, ou simplement parce que nous étions épuisé. Mais nous étions là, fidèles au poste. Pour que tout fût bien. Et cela fût. Rappelle-toi, chrétien de 97, rappelle-toi le Champs de Mars, 650 000 personnes. Rappelle-toi la Chaîne de la Fraternité, cette ligne humaine de 35 km de long encerclant Paris et faisant face au monde. Rappelle-toi le million de pèlerins sur l'hippodrome de Longchamp, ce dimanche, 24 août 1997. 

J'étais de ces gens, qui on fait que cela a été. Petite main, anonyme, serviable. Comment ne pas rappeler ceux qui furent avec nous ? Comment ne pas citer surtout le Père Didier Le Riche, qui m'a entraîné dans ce joyeux bordel et qui y fut mon chef attachant, attaché, complice ? Merci, mon Père, je n'oublierai jamais ce que tu m'as offert, à cette occasion. Et ce que je te dois. 

Tu voulais que je raconte cette histoire. J'ai toujours refusé, parce que je n'aurais pas pu celer la vérité. Et je ne voulais pas qu'elle fût publique. Ce qui se passe dans l'Eglise doit rester dans l'Eglise.

Je n'étais plus le même jeune homme quand tout cela a été fini. J'ai rencontré une femme, nous nous sommes mariés, puis nous avons divorcé. J'ai estime et reconnaissance pour elle, Claire.

Je n'étais plus le même homme quand tout cela a été fini. J'étais épuisé. Heureux. Mais fêlé. Le bloc de convictions toutes faites à l'ombre duquel j'avais grandi s'était brisé devant moi. J'avais vu l'Eglise de l'intérieur, et ce n'est pas très joli... L'Eglise est faite d'hommes et elle est très humaine. J'aime beaucoup de ceux qui la font vivre aujourd'hui encore... Grâce leur soit rendu ! Eux n'ont pas déserté...

Parce que moi oui.

Parce que c'est comme ça.

Mais je me rappelle des JMJ 1997, Paris. J'y étais. Je fus de ceux qui les firent possible, même si je crois que des forces qui nous dépassent ont fait bien plus que nous, pauvres jeunes gens sans savoir.

Nous nous sommes frottés, très jeunes, à des forces que nous ne soupçonnions pas. Nous nous sommes frottés à des forces que nous avons craintes. Nous nous sommes mêlés à des débats qui n'étaient pas les nôtres.

Nous y avons laissé notre innocence de croyants. Nous y avons laissé notre foi parfois, nous y avons laissé notre respect pour les "princes de l'Eglise".

Mais nous étions là. Nous étions là pour lui. Nous étions là pour Jean-Paul. Nous étions là pour le bonheur de tous ces jeunes gens de tous les pays, ici, dans notre ville, Paris. Nous étions là parce que nous pensions que réussir les JMJ unirait les peuples, et pas seulement les chrétiens. Nous avons cru que les Béatitudes pouvaient marcher... Alors nous l'avons fait. Et nous avions raison.

Il était là. Il était là pour nous. Jean-Paul était là. Le bonheur flottait dans les avenues, et dans le métro, et nous étions heureux d'être ces chrétiens-là ! Nous avons vu  350 000 jeunes des cinq continents se tenir la main et former une chaîne qui entourait tout Paris ! Nous avons vu les petits être grands, les infirmes devenir des premiers rôles, un chanteur aveugle donner le la. Nous avons vu nos rêves devenir la réalité. Nous avons vu des gens être l'éclat consentant de la jeunesse du monde entier ! 

Oui, nous l'avions fait. Nous ne savons toujours pas trop comment ça a pu marcher... Mais ça a marché ! Alors oui, nous avions raison...

C'était il y a vingt ans.

A l'époque, j'ai rencontré une fille. Elle animait une équipe de volontaires. L'un d'entre eux est devenu son mari. Sa cousine à elle faisait aussi partie de cette équipe. Vingt ans plus tard, cette cousine a épousé mon collègue de bureau des JMJ. Cette histoire ne nous lâchera jamais. Nous y sommes nés, comme nous y sommes un peu morts. Nous avons appris à nous poser les questions, nous avons appris à douter et à redouter les sermons. Mais nous avons touché, juste en tendant le doigt, la puissance de la foi : nous l'avons fait. Contre le monde entier, nos chefs y compris, nous l'avons fait. 

Et nous avons aimé ça.

Et je me rappelle la silhouette tremblante de Jean-Paul, pour qui nous avions accepté tout cela, et ses mots, si universels, bien au-delà des croyances : "Levez-vous, n'ayez pas peur !"

 

Publié dans Le Vaste Monde

Partager cet article

Repost 0

Haikeur (poème japoneur)

Publié le par Xavier Pasteau

Petit coeur
Bat bien
C'est le bonheur

Publié dans Xav

Partager cet article

Repost 0

Mon obligé

Publié le par Xavier Pasteau

Regardez cet enfant. Evidemment, vous m'aurez reconnu, petit, tout petit, j'ai deux ans sur cette photo. 

Matez ce môme. Ne me dites pas qu'il n'est pas beau ! Chevelure touffue, sourire qui n'en n'est pas, regard vif, geste dynamique, un super mec ! 

Un enfant. A qui je n'ai jamais rien promis. Mais à qui j'ai envie de donner un devenir heureux, paisible, victorieux. Les rêves que ce môme n'avait pas, je veux les réaliser. C'est simple : ils ont toujours été les mêmes (à part être Bruno Bellone, et gagner la coupe du monde de football)... Heureux. L'homme d'une femme, le père d'enfants chiants et turbulents, pleins de questions que comment c'est le monde et les gens et les choses. Et tu t'es trompé de poubelle, Dady, le plastique c'est dans la jaune, t'habites plus à Royan.

Le monde où je suis le seigneur est en marche. Pour l'heure, j'ai surtout mal au dos. Je deviens un virtuose du pinceau, j'ai enfin compris dans quel sens on visse, et dans lequel on dévisse (et ouais !). 

Ce môme, sur la photo, avec son gros bidou et sa tenue qu'on n'oserait même plus ne serait-ce qu'imaginer ! (années 70, sortez de notre corps !), pouvait-il deviner toute la complexité de la suite ? Bien sûr que non... Il pensait juste à bouffer le repas d'après, au câlin de sa mère, au sourire tutélaire et bienveillant de son père. A voir Albator (ah non, quand j'avais deux ans, ça n'existait pas, Albator !) 

Mais sa vie - ce que j'ai fait de sa vie - a été complexe et ardue. Comme toute vie. Lui comme moi sommes pétris de chair et de sang, de graisse et d'eau. D'un coeur et d'émotions. De sentiments. De fidélités et d'engagements. Je n'ai jamais renié le moindre de mes engagements. J'ai toujours été fidèle aux gens que j'ai aimés.

Je regarde ce petit garçon et je lui dis : "J'ai fait de mon mieux, j'ai parfois raté et quelques fois réussi. Je suis de ceux qui ont de la chance en ce monde. J'ai aimé les gens que j'ai aimés". Je ne porte plus de combinaison marronnasse atroce, ni de chemise taillée dans un torchon de vaisselle (années 70, sortez de mon corps !)

Petit, je ne t'ai rien promis. J'ai cependant tenté ceci : être un homme digne et honnête, un fils, un frère et un oncle que l'on respecte - et que l'on chambre ! - oui, c'est possible !

Bonhomme, j'ai prétendu agir dans le vaste monde. C'est pour cela que mon improbable mission à Royan est une mission, et non une villégiature. Tant qu'on me donnera les moyens d'oeuvrer, j'oeuvrerai, je te le promets, camarade !

Bonhomme, je te le promets, je te le promets depuis plus de vingt ans. Un jour, des êtres humains porteront des vêtements d'enfants, il souriront, ils poseront pour la photo, ils regarderont l'objectif avec ce petit regard assuré, fier et joyeux. Je te le promets, gamin, il y aura une suite. Comme il y avait un père, une figure tutélaire, un commandeur, il y aura un père, une figure prévenante, un second coeur. Toi, garçon. Moi, maintenant. Nous, Xavier. Nous. Et notre histoire tordue depuis le premier temps...

Petit Xavier, je nous fais cette promesse : on ne portera plus jamais une chemise aussi moche ! Et oui, on réalisera nos rêves. Et oui, on sera ... un homme.

 

Publié dans Xav

Partager cet article

Repost 0

Tzigane, Léo, Tzigane, ma soeur aux yeux noirs !

Publié le par Xavier Pasteau

A l'heure où certains pays en Europe dressent des murs de barbelés et de fer, à l'heure où des gens bien sur eux brûlent dans le XVIème arrondissement de Paris des foyers pour réfugiés, à l'heure où, une fois de plus, notre pays qui est une main ouverte dans ses gènes voudrait se transformer en poing fermé, j'ai recours à mon ami Philippe Léotard... Aller, je dois être franc : je ne m'en lasse pas ! 

Publié dans Léo

Partager cet article

Repost 0

Juste un peu plus grands que nous ne sommes

Publié le par Xavier Pasteau

De ces moments rares, où nous nous sentons juste un peu plus grands que nous ne le sommes.

Il est tard. Mon amour dort dans la pièce voisine, elle a bureau demain. J'ai délaissé les gens morts d'autrefois, eux que je connais si bien, et je reviens par ici, sur ce blog, où toi, tu me connais si bien.

Bridget m'a dit qu'il ne se passait plus grand chose dans ces pages, elle a raison. J'ai traversé cet été 2016 sans le besoin de m'arrêter pour raconter. Et pourtant ! Que de choses...

Fin juin, dans une nuit semblable à celle-ci, un sentiment. Fort, jaillissant. Le bien-être. Le bonheur.

Et puis l'enchaînement des bons moments, avec la famille, une fête gitane, des weekend en mode maison ouverte pour la famille, un festival où oeuvre celle que j'aime et que j'admire tellement, la voyant déambuler toute de jaune vêtue, organisant et répartissant les rôles. Et puis Rapha, une semaine rien qu'à nous trois. Et puis l'Italie, les grands arbres de Marcesina, et puis Venise.

La remontée du grand canal, sur le vaporetto, au matin, et cette ville qui se livre à nos regards émerveillés. Et puis Garde et le lac et Sirmione, qui est si irréel ! Tout comme cette femme, à la table d'à côté au restaurant, qui n'est de toute évidence pas la star de cinéma que j'ai cru reconnaître...

Et puis, et puis, et puis.

Et puis le boulot, qui est une mission, qui reprend. Et où il faut s'envoyer sur des sujets ardus - et barbants. Et où tu prends le manche, et où tu fais le job. Et le soir, tu te dis que tu l'as bien fait, que ça s'est vu, que tu as marqué des points, frappé les esprits. Tout ce que tu as appris pendant quinze ans a servi, prend du sens. Et tu ne te prives pas de le dire, au DGA, qu'ils ont bien fait de recruter des consultants, parce que, ce que tu as fait, dans les conditions dans lesquelles tu l'as fait, c'est un métier. Le tien.

Et puis, tu rentres à la maison et tout cela est secondaire. Parce que la petite idée que nous traînons depuis des mois prend corps : acheter une maison.

Premiers contacts dans les agences, premières visites, rendez-vous à la banque.

Un coup de cœur. Un projet d'achat qui a pris forme en 15 jours. Tu voulais une maison, tu auras un palais. Un palais rural. Une "charentaise".

Deuxième visite, premiers plans sur la comète. Des avis professionnels viennent enrichir les avis de la famille.

Tu vas au mariage de la Blonde, un joli moment. Une chouille d'émotion de voir cette femme que tu as aimée être si heureuse. Et comme toi aussi, tu l'es...

Et retour sur ton projet. Canicule en septembre. Des pierres qui prennent vie. Tu commences à voir les espaces, les chambres le séjour la cuisine. La chatière pour les minous, l'emplacement pour le poulailler, un jour. Les mesures, les rêves qui s'entrechoquent.

Et puis tu rédiges un mail, une offre. Tu deviens juste un peu plus grand que tu n'es. Tu avances résolument dans cette vie dans laquelle tu te souviens que tu as failli lâcher prise, il y a quelques années.

Et tu te dis, dans cette nuit paisible, que "tu vas le faire".

Et tu te corriges immédiatement : "NOUS allons le faire". Parce que, si tu te sens juste un peu plus grand que tu ne l'es en vrai, c'est parce que nous sommes deux. Pas beaucoup plus que trois mètres à nous deux, mais une connivence, des rêves et une facilité à faire des choix que tu n'imaginais pas.

Alors oui, cette maison, si nous pouvons l'acheter, nous l'achèterons.
Alors oui, cette maison, si nous pouvons la retaper, nous la retaperons.
Alors oui, cette maison, si nous pouvons la peupler, nous la peuplerons.
Nous. Nous deux, Nathanaëlle et moi, nous deux seulement. Avec nos petits bras pas musclés mais nos épaules de géants !

Et si ça ne marche pas, ça marchera une autre fois. Nous sommes lancés sur la piste, le bal est ouvert et n'avons pas fini de danser !

C'est fou comme, parfois, ça peut bien fonctionner, la vie.

 

Publié dans Monsieur Loyal

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 6 7 > >>