Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

On va rien lacher

Publié le par Xavier Pasteau

Publié dans Ils m'impressionnent

Partager cet article

Repost 0

Un phare avec au cœur une ville lumière

Publié le par Xavier Pasteau

Ce soir, Serena Williams a échoué dans sa quête du Grand Chelem, l'exploit le plus difficile pour un joueur de tennis. L'histoire retiendra qu'une Italienne, 43ème mondiale, contre toute attente, l'aura éliminée en demie-finale de l'US Open. Enfin... l'histoire du sport !

La grande histoire, elle, retiendra - et nous enseignera douloureusement - que, dans cet été 2015, l'Europe aura perdu, une nouvelle fois, son âme. Tandis que, sur les réseaux sociaux, de multiples citoyens effarés auront cité Hugo, de Gaulle, Churchill et quelques autres, les chefs de l'Europe auront sacrifié notre honneur commun.

Ils auront cédé aux organismes financiers le pouvoir qui, jusque-là, échoyait aux peuples. Quand 10 millions de Grecs auront, à deux reprises en quelques mois, exprimé un choix clair - quoi que chaud patate - ce choix aura été balayé, au petit matin, sous l'injonction de la BCE, du FMI et de la Commission Européenne. Et de l'Allemagne hélas... Dommage... En une nuit, ce qui faisait le sel de la construction européenne s'est effacé. Cette Europe, NOTRE Europe, qui s'inquiétait depuis 2005 de ne plus être soutenue par les peuples, s'en est tout simplement débarrassé. Exit le peuple. Exit les citoyens. Exit le suffrage universel.

Exit l'idée européenne. Place aux organes, aux banquiers, aux comptables, aux prophètes du malheur. Aux enchaînés de la mondialisation. Le génie des fondateurs de 1950, de 1958, de 1993, a été emmuré dans le coffre d'une banque francfortoise. Je ne partage pas les positions de M. Varoufakis, ni de M. Tsipras, mais j'ai vu le plus beau rêve de ma génération être piétiné et détruit en une nuit.

Et puis, en cette fin d'été, face à un afflux inimaginable de migrants fuyant la guerre et la mort, nous, Européens, avons montré que nous ne sommes plus rien. Nous avons tergiversé, nous tergiversons encore. Nos gouvernants pratiquent un dialogue de sourds-muets qui permet aux uns de dresser des murs et aux autres de combler les carences de leur démographie. Et aux plus piteux, nous, de n'être plus personne. Face à l'histoire, en dépit de la sienne propre, la France est aux abonnés absents. L'Etat hésite, promet 24 000 places. Une goutte d'eau. Pauvre société apeurée et frileuse, repliée sur elle-même, qui ne peut même plus saisir dans le vent du soir l'odeur du sang et de la mort. Pauvre France livrée à des organes médiocres depuis quatre décennies, qui ne peut même plus comprendre qu'elle n'a qu'une voie, la sienne, celle de l'accueil, de la bonté, de la grandeur.

"Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde." (Charles de Gaulle)

Et jusqu'à ce papier désolant, dans la presse de notre pays, expliquant que, contrairement aux affirmations alarmistes de l'extrême-droite, la France n'est pas une destination pour les migrants, mais seulement une zone de transit. Et le journaliste d'enfoncer le clou : mêmes les Syriens francophones ne veulent pas venir, la France est rayée des radars."

Allait-on disparaître sans rien dire ? Allait-on laisser le monde s'écrouler en se demandant si l'on peut ouvrir des magasins le dimanche, si Di Maria est une bonne recrue pour le PSG, ou si Claire Chazal va nous manquer ?

Allait-on continuer à s'écharper en parlant de Mme Duflot, de M. Devedjian ou de Jean-Marie Le Pen ?

Allait-on être si petits que, mêmes nous, d'ici, nous ne nous apercevrions plus que nous sommes un pays ? un peuple ? une voix ? une conscience ? des savoir, des savoir-faire, des savoir-être ? un phare avec au coeur une ville lumière ?

Oui, on allait y arriver.

Et puis voilà que...

Et puis voilà que le peuple a dit non. Et puis voilà que le peuple a dit que lui, il allait le faire, le job. Et voilà que le peuple, il a décidé que ce serait lui la France, la grandeur de la France, la fierté de la France. Des gens ont accueilli des réfugiés. Des gens ont demandé qu'on les laisse passer, des gens ont commencé à expliquer que, les rejeter aujourd'hui, c'était comme avoir repoussé les Juifs d'Allemagne en 1938-1939...

Le peuple de France a exigé de pouvoir relever la tête et regarder dans les yeux ces hommes, ces femmes et ses enfants meurtris, en quête de juste un endroit où on ne les tuera pas.

Le peuple de France a regardé à la télé ses cousins germains accueillir sous les applaudissements des milliers de réfugiés en gare de Francfort, à deux pas justement de la BCE...

Le peuple de France a eu envie de faire pareil. Le président a dit 24 000, comme si c'était un gros effort. Le chef de l'opposition, fidèle à lui-même, a proposé un truc improbable, un truc qui n'existe pas, à mi-chemin du réaliste et de l'inacceptable. Lassée de tuer le père, la chef de l'extrême-droite a redit que non, que c'était la fin de la France, que la civilisation était en danger. Mais enfin, le danger qui menace notre civilisation tient bien plus aux menaces climatiques, à la déculturation de notre jeunesse, à la régression du lire et de l'écrire, au pouvoir de l'image sur le texte, du slogan sur la réflexion, de l'immédiat sur le durable, que sur les réfugiés ! 24 000 Syriens et Erythréens menacent moins la France que les blocages internes de notre corps social ! La générosité menace moins notre économie que le surendettement et l'inertie des corps établis !

Le peuple de France est prêt à donner une chance encore à ses dirigeants. Ce sera en 2017. S'ils ratent le coche, plus rien ne liera la nation à la République, plus rien ne liera les citoyens à leurs élus, plus rien ne liera le peuple à l'Etat, plus rien ne liera la France à l'Europe. Alors le pire, sur fond de cataclysme géopolitique et climatique... Fiction ?

Oui, bien sûr. Pour autant, le mal sera si profond que de grands tourments attendront la société française, et tout le continent. Et combien serons-nous encore à se souvenir qu'il s'agissait seulement de soulager un pays de 10 millions d'habitants asphyxiés, et de 24 000 réfugiés, hommes, femmes et enfants, qui, simplement, mais au péril de leur vie, fuyaient la guerre et la mort ?

 

Publié dans Le Vaste Monde

Partager cet article

Repost 0