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Chronique d'un soir d'octobre : les invisibles

Publié le par Xavier Pasteau

Aujourd'hui, la présidente du Front National a refusé de se présenter sur le plateau de France 2, dont elle devait être l'invitée principale, pour une émission politique connue. Vouloir représenter les gens et refuser de leur parler, c'est incompréhensible, et c'est choquant. Bien sûr, les manoeuvres des uns et des autres, du président de Les Républicains et de premier secrétaire du Parti socialiste, ne sont pas glorieuses non plus. Exiger d'un média indépendant qu'il régionalise une émission de politique nationale, c'est un mélange de genre troublant.

Au final, nous aurons été privés d'un débat qui aurait permis de mettre en perspective les réalités du programme du FN, en matière économique, en matière sociale, en matière environnementale peut-être aussi, à deux mois de la COP 21. Mme Le Pen sort fripée de cette dramaturgie cynique, mais les citoyens ne sont pas plus éclairés. Le débat public s'en trouve obscurci. Une fois de plus, le bleu marine a viré au noir.

Privé de ce rendez-vous politique, j'ai changé de chaîne. Ailleurs, "Shekaspeare in love" m'a une nouvelle fois ému. J'aimerais savoir écrire d'aussi belles histoires d'amour ! Hélas, je ne suis pas un tel auteur, et jamais, "dans la belle Vérone où nous plaçons notre scène", les personnages de mes récits n'ont su égaler l'histoire de Juliette "et de son Roméo".

C'était cependant le moyen de fuir, d'échapper à la pesanteur du moment. Et à l'emprise de la crève qui envahit ma gorge et la cisaille telle une pluie de halebardes. 

Le moyen d'oulier que les héros de mon enfance flétrissent, oublier les scandales du foot, et les débats stériles du rugby français.

Comme beaucoup, j'ai espéré la coupe du monde pendant quatre ans. Comme beaucoup, j'ai attendu la rencontre contre l'Irlande pour croire en la victoire. Comme beaucoup, j'ai cru à l'exploit contre les Blacks. Comme beaucoup, je suis déçu. Comme beaucoup, je réalise ce que nous savions pourtant : nous sommes une équipe moyenne. Comme tout le monde, je connais les causes de cet écart entre les nations du Sud et celles du Nord. Comme beaucoup, j'aurais plein de solutions à proposer. Comme quelques-uns, je m'abstiendrai de les énoncer. C'est le rôle des gens du rugby, pas des supporters.

Il y a mieux à faire. Il y a d'autres défis. Face à l'incurie croissante des dirigeants, c'est l'heure des citoyens. Il nous reste peu de temps. 

Par quoi commencer ? Réussir la COP 21, bien sûr. Et puis, inventer dans les territoires, les quartiers, les villes les solutions alternatives pour refonder l'espoir. L'école, le travail, la culture, la santé, le logement, la transition énergétique, l'affirmation du collectif sur le particulier. Les sujets sont foisons et ils sont complexes : la protection sociale, le vivre ensemble, le travailler ensemble, et l'incroyable défi que celui qui consiste à inventer une société qui garantisse les droits de la majorité vieillissante à une vie digne et heureuse, tout en préparant l'avenir et en permettant l'accomplissement des générations suivantes. Donner aux plus jeunes le pouvoir pour qu'ils soient, eux, les garants du bien-être de leurs aînés. Restaurer les droits, permettre l'accès de tous au logement, à l'emploi, à la formation, partout, y compris dans les centres villes et les campagnes reculées. Préserver l'attrait et la richesse incomparables des territoires ruraux, préserver les équilibres écologiques, créer une société sobre en matière de consommation de ressources et d'énergies finies. Donner à chacun la connaissance et la culture. Remettre au coeur de l'aventure collective les enseignants, les aidants, les soignants, les artistes, les bénévoles, les militants, les généreux. Les innovateurs, les audacieux, les créateurs. Et de vrais élus locaux aussi ! Dévoués et dénués d'ambitions cumulatives. J'en connais, j'en pratique ! Même s'ils n'étaient pas invités sur le plateau de France 2...

Parfois, je brûle d'y aller, de m'engager dans un projet politique local. Et puis, je n'ai pas le courage. Il faudrait tellement s'envoyer ! Prendre et donner des coups pour apparaître et puis pour exister. Concéder, calculer, négocier pour avoir le droit d'agir. Renoncer aussi parfois. Je cède à la facilité, c'est plus simple de n'être que citoyen. Surtout quand tu as un diplôme, un bon boulot, une maison, un compagne merveilleuse, deux chats et un chaton, des projets d'enfants, un compte d'épargne, des projets de vacances, et la peau bien blanche qui t'exonère des contrôles de police et de bien des tracas. C'est tellement bien d'être français, en 2015, quand d'autres sont syriens, palestiniens, érythréens, haïtiens, afghanes, iraniennes, internautes saoudiens ou chinois, journalistes russes indépendants, ou mineurs zoulous dans les mines de diamants ! 

Dans mon pays, le confort est tel que tu peux refuser de travailler au-delà de 62 ans, lors même que tu vivras 95 ans. Que tu peux huer le président et le basher à tout va, pour tout et rien, et devenir populaire en étant médiocre. Que tu peux râler parce que des intermittents, qui créent - et galèrent - te coûtent trois sous. Que tu peux feindre d'ignorer que ces impôts soit-disant iniques que tu payes financent aussi ta santé, l'école de tes enfants, les transports publics, le ramassage de tes poubelles, et la lutte contre Daech, cette pire expression de la démence et de la cruauté humaine. 

Pourtant, dans mon pays, des groupes de gens dans les communes se sont organisés pour accueillir des réfugiés de la guerre. Dans mon pays, des particuliers investissent leur épargne dans le capital d'entreprises solidaires. Dans mon pays, des pékins lambdas donnent trois sous sur les sites de crewdfunding à des associations qui promeuvent le bio, qui rendent accessible la culture, qui animent les territoires, qui viennent en aide aux démunis.

D'autres gueulent sur les plateaux - quand ils y viennent - que l'on vole le pain de la bouche des Français, que l'on efface la France. Pauvres fous, prophètes de l'heure d'après ! Nous la rendons vivable, la France ! Nous la préservons, belle et digne, créatrice et rayonnante, la France ! Nous la servons, nous la faisons tenir debout, la France ! Nous oeuvrons pour qu'elle demeure accueillante, ouverte au monde, à sa richesse comme à sa misère ! Nous sommes les invisibles qui protègent son honneur et sa beauté, sa culture et sa promesse d'un monde meilleur ! D'un monde nouveau. Défait des profiteurs et des caricatures. Nous sommes ceux qui rendent possibles des lendemains sereins. Parce que nous aurons tourné le dos aux sirènes de ce début de XXIème siècle, luxure, argent facile et malodorant, célébrité éphémère, sous-culture, malbouffe, rejet de l'autre, communautarisme exacerbé, religions dévoyées, starisation des élites, scénarisation de la démocratie, gaspillage des ressources et des paysages, apologie de l'égo et du quand-dira-t-on. Nous sommes ceux qui tentons de préserver ce modèle de société que nos pères et nos grands-pères ont sincèrement cru bâtir pour nous, dans les tranchées de 1917, dans les maquis de 1942, dans trois décennies de dur labeur et de reconstruction d'un pays, de modernisation d'un pays, de pacification d'un continent. Nos pères, leurs pères. Notre Europe, notre France.

Allez sur les plateaux, n'y allez pas. Nous veillons, nous vivons, nous oeuvrons. Nous sommes acteurs. Nous agissons dans nos villes, nos quartiers, nos villages. Nous nous approprions nos territoires et leurs singularité, que nous offrons en partage. Nous sommes les invisibles, mais nous sommes les vrais transformateurs du monde. Nous sommes les invisibles qui font, les "faizeux" comme les nomment Alexandre Jardin et son mouvement des Zèbres. 

Préparez-vous : nous sommes le peuple, et nous ne dormons plus.

 

Publié dans Le Vaste Monde

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A Filetta Complainte corse

Publié le par Xavier Pasteau

Un nouveau joyau, découvert dans la nuit... "Dans ma maison naquit un bel amour. Dans ma maison un rossignol chantait..."

Publié dans Léo

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