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Il a même pas (besoin) de titre, ton album !

Publié le par Xavier Pasteau

Salut Renaud,

Tu va te marrer : j'ai fait ma midinette. J'ai acheté ton album que hier. J'ai attendu que tous les autres soient passés, que France Télé passe ton clip tous les soirs pendant une semaine. Et puis, ce que je savais depuis le début que je ferais, je l'ai fait : acheter ton disque. Et l'écouter surtout ! 

Salut Renaud, tu m'as collé la chair de poule. Je me suis promis d'éviter dans ce papier les poncifs que tout le monde te sert depuis quelques semaines, n'empêche, y'en a un, je peux pas l'éviter : tu nous a manqué, la Chetron sauvage ! 

Quand j'étais môme, j'avais pas trop le droit de t'écouter : tu étais bien trop anar pour qu'on m'y autorise ! Heureusement, mes aînés se sont transformés en maquisards clandestins pour que je te découvre : Laisse Béton, Gérard Lambert, Miss Maggy and co.

Après, je fus un grand garçon et j'ai appris par coeur Hexagone, Mon ami Pierrot, Manu et plein d'autres de ces petits joyaux que tu as semés toute ta vie. Et les Mistral gagnants, bien sûr.

J'ai flippé quand tu as reçu ta Victoire de la Musique d'honneur. Tu chantais en décalé, c'était atroce, tu faisais peur à voir, j'avais mal rien qu'à te voir.

Et puis, tu as reparu, relancé, avec Romane. Vous faisiez ensemble les émissions de télé du moment, z'étiez mignons à voir, et tu envoyais toujours du mot ! 

Aller, j'avoue. J'ai pensé aussi qu'on ne te reverrait plus. j'ai failli glisser du côté des "trous du cul" de ta chanson... Aller Renaud, maintenant, on a ton album. Toi, tu as une tournée de dingue à préparer. Tu n'imagines même pas les grands kiffs qui t'attendent, dans chaque salle, que rempliront des mecs et des meufs qui t'attendent depuis longtemps et qui, surtout, ont envie de te dire que, ouais, toi, t'es un mec bien.

Salut l'artiste ! Je te souhaite plein de bonheur artistique. Pour le reste...  c'est ton affaire !

Xavier

Publié dans Léo

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Défoulage

Publié le par Xavier Pasteau

Le Métier de consultant pour les Nuls

Chapitre 1 : le Comité de Pilotage

 

C'est un mec, il est consultant. Et puis, un jour, il est en réunion avec son client. Il y a N, son interlocuteur habituel, un fonctionnaire qui ne prend pas la moindre initiative sans un ordre écrit et tamponné de son supérieur, et aussi N+1, le chef de service, N+2 le Directeur général des services, et même N+3, le très grand chef, un élu imbu de lui-même et que le consultant n'a encore jamais vu dans les réunions parce que, N+3, il est aussi maire, conseiller général et vice-président du Conseil régional. Et encore, t'as du pot, il a raté l'élection au Parlement Européen de seulement 2 000 voix l'année dernière. Ajoute à ça, le syndicat local d'électrification dont il est président, l'hôpital dont il est administrateur et les réunions de la Communauté de Communes qu'il ne rate jamais parce qu'il veut en devenir président et que, pour ça, il faut qu'il comprenne à quoi ça sert, une communauté de communes.
Mais là, il est là. Evidemment, il n'a pas lu le cahier des charges qui définit la mission du consultant, et il ignore totalement le détail des prestations qu'il a achetées. Lui il s'en fout des détails, c'est l'affaire des téchos (N et N+1) et s'il y a un problème, c'est N+2 qui prendra (cher).

La réunion débute normalement avec un ordre du jour prévu sur 2 heures. Sauf que N+2 s'excuse et t'explique qu'il a une Commission d'appel d'offres dans une heure. Quant à N+3, il est au téléphone avec sa femme (enfin tu crois ça au début mais en fait non : c'est sa maîtresse). Je te rassure : N+3 ne s'excusera pas, pas plus qu'il ne n'est levé et a quitté la salle pour ne pas déranger avec son coup de fil.

Bref, le consultant improvise en 15 secondes une présentation réduite de 20 minutes, "pour laisser du temps aux échanges" et il commence, bravement, son exposé. Au bout de deux minutes, il est évident que N+2 et N+3 s'ennuient (N+3 vient d'ouvrir le site www.jeunesetjolies.com sur son iPhone) et que N+1 aimerait que ça aille plus vite car, en fait, lui aussi a une autre réunion après (il est à SUD et la section locale doit organiser la prochaine manif contre le démantèlement du service public, la casse sociale, l'injustice du siècle et pour l'augmentation des fonctionnaires, tant en salaires qu'en effectifs, parce que non mais sans blague, la France risque d'être sous-administrée dans deux ou trois ans à ce rythme-là). Seul N semble écouter et prend des notes, ce qui est méritoire puisqu'il est le seul à avoir lu le rapport intermédiaire objet de la présentation.

Soudain, N+3 interrompt le consultant (sans s'excuser tu t'en doutais) et lui dit texto : "on s'en fout du baratin, on vous paye pas pour ça. C'est quoi vos préconisations ?"
Le consultant espère que N+1 ou N+2 vont intervenir pour expliquer qu'on n'en est qu'à la phase de diagnostic, que la concertation avec les acteurs locaux n'a pas encore eu lieu et que les préconisations seront l'objet du rapport final dans quatre mois, mais non. N+1 et N+2, ils se la ferment, parce qu'ils veulent pas se retrouver directeur d'un Syndicat intercommunal des ordures ménagères à Ploudalmézeau-sur-Escaut ou sur le plateau des Quatrecentsmoutons.

Alors N regarde ses chaussures et N+1 compte les fissures au plafond. Et le consultant, et bé, il est seul face à N+3. Alors, comme c'est un très bon professionnel, il explique que la démarche est en deux phases (il précise que c'était demandé dans le cahier des charges) et qu'on n'est qu'à la première, qu'il faut encore faire la concertation (qui était demandée avec insistance par le cahier des charges et c'est normal dans une démocratie moderne et active) (genre il essaie de flatter N+3 pour qu'il se calme et le laisse finir sa présentation). Mais N+3 n'a pas écouté : il est à nouveau au téléphone avec... Ah non : ce n'est pas la même qu'au début ! Il lui confirme le resto ce soir, ils mangeront léger, tu comprends, c'est l'after chez elle qu'il préfère (c'est le Syndicat d'Aménagement des Chemins de Randonnée qui régale, je précise). Et c'est N+2 qui remet une couche sur cette étude qui ne sert à rien, ces consultants qu'on paye des fortunes pour rien vu qu'ils font rien qu'à copier-coller le précédent rapport (ce qui n'est même pas vrai : on les télécharge sur www.mon-rapport-en-5-minutes.com, c'est bien connu) et qui ne se donnent même pas la peine de venir sur le terrain écouter les acteurs locaux (genre, il n'a lu ni le cahier des charges ni l'offre de service sinon il saurait que la concertation, c'est APRES le diagnostic !).
Et là, N, il regarde ses pompes avec tellement d'insistance qu'elles commencent à fumer ; et N+1 fixe le plafond avec tellement d'acuité qu'il doit commencer à apercevoir les jambes de la stagiaire dont le bureau est juste au-dessus de la salle de réunion.

Et le consultant, qui n'est qu'un homme, qu'a fait 4 heures de train et 2 heures de route pour venir, qui n'a pas touché son salaire depuis deux mois parce que, bizarrement, un bureau d'études c'est une entreprise comme une autre qui paye des loyers, des salaires, des charges sociales et les deux patrons seulement quand il en reste sur le compte, bref, le consultant, il décide d'ajouter une prestation supplémentaire gratuite à son intervention : l'éradication de cons. Et il prend N+1 pour taper sur N+2 et, carrément, il soulève l'armoire à archives qui est dans le coin et qui pèse 800 kilos et il l'écrase sur ce gros con de N+3 dont le gros ventre explose en mille morceaux de chair moisie partout sur les murs et, ses forces sont décuplées au consultant, ça fait 10 ans qu'il en rêve de ce jour-là, il sort dans la cour et il prend à bout de bras la Vel Satis de N+2 et il revient avec dans la salle et c'est N+1 et N+2 encore un peu sonnés qui se la prennent franchement bien lourdement dans les dents et dans la gueule et c'est clair qu'il feront plus jamais chier personne.

Et là, constatant que l'ordre du jour est épuisé, le consultant lève la séance et rentre chez lui.
Et nom de Zeus... Qu'est-ce que ça fait du bien !!!

Home... Sweet home…

Publié dans Ecrits

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Nativité (29 octobre 2008)

Publié le par Xavier Pasteau

C’était en plein hiver. Joss et Mary avaient pris la route pour rallier Millau, le village natal de Joss. Un extrait de naissance à chercher, des formalités à effectuer, rien de bien passionnant. Mais quand même, tailler la route depuis Amiens en plein hiver, avec le temps pourri et Mary à deux doigts d’accoucher, ça craignait un peu. Surtout que la vieille Simca 1000 commençait à donner parfois des signes de faiblesse. Ils avaient fait une halte à Gien, histoire de se poser un moment et d’absorber un truc chaud, un café allongé pour lui, un thé pour elle. Joss s’était assoupi un court instant sur la banquette du snack. Mary l’avait observé tendrement, les gars au bar avaient surpris son regard tendre et son sourire et ils en avaient ressenti un petit quelque chose, une once de chaleur dans cette triste journée d’hiver.

Puis il avait fallu reprendre la route, Joss voulait arriver le jour même, après, les administrations seraient fermées, le 25 c’est férié. La vieille Simca avait mis un peu de temps pour redémarrer, Joss s’était un peu énervé à tel point que Mary l’avait chambré en souriant : "Tu ne veux pas que j’aille pousser tant que j’y suis ?"

Enfin, la petite voiture avait obtempéré, Joss avait retrouvé son calme et le jeune couple avait repris sa route. Ils avaient atteint le Massif central, la Nationale tournoyait de plus en plus, le soir tombait rapidement. Pour ne pas trop secouer l’amour de sa vie, Joss roulait doucement, d’autres véhicules les dépassaient et disparaissaient rapidement dans la nuit.

Dehors, la neige venait de rejoindre la partie, le vieil essuie-glace de la Simca parvenait à peine à assurer la visibilité requise.

- On va se planter si on continue, a dit Joss.

- Alors, arrêtons-nous, a répondu Mary. Ne prenons pas de risques.

Par chance, ils aperçurent dans l’éclat des phares un panneau indiquant la proximité d’un gîte. Joss quitta la Nationale et parvint, non sans quelques frayeurs à le rallier, un peu plus haut, au sommet d’un chemin boueux et par endroits glissant.

Devant eux s’élevait une grosse masure en pierres épaisses. Elle semblait inhabitée, aucune lumière n’en surgissait. Ils frappèrent à la porte. En vain.

- Joss ! s’exclama Mary, ça ne va pas du tout !

Sa voix avait trahi une sorte d’effroi. Pourtant, son visage restait serein, comme si, du haut de ses vingt ans, Mary avait eu la certitude de son immortalité.

Pris par l’urgence d’offrir un abri à sa femme, Joss donna un grand coup d’épaule à la porte du gîte. Celle-ci céda. Joss pénétra dans une grande pièce, s’éclairant avec son briquet. Mary le suivit et referma la porte derrière elle.

- Joss, il va naître !

D’habitude brouillon quand il s’énervait ou paniquait, Joss agit là avec beaucoup de calme. Il fit s’asseoir Mary puis repéra les lieux. Il découvrit au fond de la pièce une grande cheminée et quelques bûches. Il alluma rapidement un feu, éclairant d’un même coup un peu plus la pièce. Il prit la mesure des lieux, s’engouffra dans l’escalier et réapparut bientôt avec un matelas et une couverture. Il étendit le matelas près de la cheminée – pas trop près quand même – et Mary vint s’étendre. Il la recouvrit avec la couverture.

- Tiens bon mon cœur, dit Joss, ça va le faire.

Mary sourit.

Joss attrapa une marmite dans un coin, la remplit d’eau et vint la placer dans la cheminée. Il la suspendit au-dessus de l’âtre grâce à un crochet fixé à cet effet dans la pierre. Il apporta aussi de l’eau fraîche et en donna à boire à Mary.

Sans répit, il repartit vers l’étage, revint au bout de quelques minutes avec un oreiller des draps. Il plaça ces derniers sous les jambes de Mary, prêt ainsi à accueillir l’enfant.

 

Celui-ci naquit aux alentours de minuit.

 

Quand il l’eut dans les bras, contre ses grosses mains calleuses, Joss sentit son cœur battre à tout rompre. Une immense joie l’envahit et toutes les réserves qu’il accumulait en lui depuis de si nombreuses semaines s’estompèrent. Cet enfant, nom de Zeus, il allait l’aimer ! Et tant pis qu’il n’en fut pas le vrai père…

Joss posa l’enfant dans les bras de Mary.

- C’est un garçon, un beau garçon que tu as là ! dit-il.

Mary étreignit son fils, elle pleurait de bonheur.

- Comment vas-tu l’appeler ? demanda Joss.

- Emmanuel, répondit Mary."

 

Malgré l’émotion qui l’avait envahi, Joss poursuivi son rôle improvisé de sage-femme. Il coupa le cordon ombilical, prit l’enfant avec douceur et le lava avec l’eau chauffée dans la cheminée. Il l’emmaillota avec les draps puis le recouvrit d’une couverture. On aurait dit un gros paquet ! Le visage de l’enfant apparaissait à peine sous les épaisseurs. Ensuite, Joss s’occupa de Mary, lui lava le visage et le corps. La jeune femme se laissait faire, les yeux tournés vers son fils. Elle sentait et aimait les gestes attentionnés et pleins d’amour de Joss et, plus que jamais auparavant, elle sentit à quel point elle était amoureuse de lui. Cet homme bon, un peu bourru certes, mais bon avant tout, qui l’avait acceptée telle qu’elle était et lui avait conservé son amour malgré cet enfant sans père.

Quand il eut fini la toilette de Mary et qu’il se fut assuré que l’enfant et elle ne manquaient de rien, seulement alors, Joss s’assit et se laissa aller un peu. Il sourit à Mary, il lui dit des mots d’amour, des mots simples, il lui promit d’être toujours là pour eux deux. Il lui dit qu’il aimerait Emmanuel comme son propre fils. Il dit les mots, il dit sa vérité d’homme. Un grand bien-être l’envahit.

Finalement, il se leva et sortit de la maison. Il sortit son paquet de cigarettes et s’en alluma une. Il aspira la première taffe tel un mort de faim, il profitait, la vie était belle, elle ne cesserait jamais de l’être. Dans l’obscurité encore pesante, il tenta de saisir les bruits de la nuit, les bruits de la campagne autour.

 

Là, c’était là désormais que se jouait la suite des événements.

 

La Ferme du Renard était la dernière maison au bout de la route qui montait depuis la Nationale. En pleine nuit, de grands coups puissants donnés contre la porte de la masure réveillèrent Alphonse Letellier, le fermier. A ses côtés, Yvonne grogna. Les coups se poursuivaient. L’homme s’extirpa de ses draps et enfila sa robe de chambre en laine épaisse. Il descendit dans la grand’ pièce et ouvrit la porte. Un homme se tenait là, seul en pleine nuit, malgré le froid, malgré la pluie, malgré le vent.

- Michel, grogna le fermier, que fais-tu là ?

- Un enfant est né, au gîte du Loup, il faut y aller, ils ont peut-être besoin de nous.

- Un enfant ? Quel enfant ? Quelle heure est-il d’abord ?

La grande horloge du séjour sonna les trois heures du matin.

- Aller, lève-toi ! insista Michel, habille-toi !

L’homme hésitait encore. Il tenta une dernière parade :

- Mais, avec ce temps ? On va se perdre dans la montagne.

- De quoi parles-tu, lui répondit Michel. Tu connais ces versants depuis toujours. Tu t’y taillerais un chemin les yeux bandés. N’aie pas peur ! Voici qu’un enfant est né dans nos montagnes et que ses parents n’ont rien avec eux pour se nourrir !

Alors, le visage d’Alphonse s’éclaira d’une lueur nouvelle. Tandis que Michel reprit sa route vers d’autres fermes, lui alla réveiller ses fils et il leur ordonna de se vêtir chaudement et de se tenir prêts à l’accompagner au Loup. Puis il revint dans sa chambre et fit à Yvonne le récit de la visite que le Renard venait de recevoir.

- Lève-toi, Yvonne, habille-toi et rallume le feu. Réchauffe ce qu’il reste de soupe. Descend au cellier et prends de quoi nourrir deux familles : viandes, jambons, fromages. Apporte du vin aussi. Rejoins-nous vite au Loup : un enfant y est né.

- Mais, je dois emporter tout cela seule ?

- Réveille donc Louise ! Ça ne lui fera pas de mal, à cette nigaude, de se bouger un peu ! Aller !

 

Ainsi Alphonse Letellier quitta-t-il sa ferme accompagné de ses deux fils, en pleine nuit, dans la tempête pour gagner le gîte où Mary venait d’accoucher. Bientôt, sur les pentes des collines alentours, en dépit du mauvais temps qui aurait dû empêcher toute visibilité, le fermier aperçut d’autres lampes. D’autres hommes marchaient dans la nuit et tous semblaient rejoindre le même point, le Carrefour des Hérons, là où l’on rejoignait la route goudronnée qui descendait à la Nationale. De toutes les fermes de ce versant de la montagne, éveillées sans doute par Michel et quelques autres étranges visiteurs, les familles convergeaient vers le Gîte du Loup. Les Letellier rejoignirent ainsi rapidement Paul Baseux et son fils, celui qui n’était pas à l’armée. Ils firent route ensemble, jusqu’à ce que d’autres groupes les rejoignent.

Vers quatre heures du matin, une cinquantaine d’hommes et quelques femmes s’arrêtèrent devant le Loup. Joss était là et les attendait. N’arrivant pas à dormir, il avait préféré sortir pour ne pas éveiller la mère et l’enfant. De très loin, il avait aperçu les petites lueurs des lampes torches et des lampes tempêtes apparaître dans la nuit et approcher doucement.

Il accueillit ces visiteurs inattendus avec chaleur. Entendant la voix de Mary à l’intérieur, il fit entrer tout le monde. Les fermiers et leurs familles pénétrèrent dans la masure, ils virent Mary étendue près de la cheminée, ils virent l’enfant emmaillotée, serré contre sa mère.

- Madame…

Un homme expliqua que des vivres allaient être apportées et que les voyageurs égarés pourraient rapidement prendre un bon repas.

Un autre sortit de sa besace un petit poste radio.

- Il fonctionne avec des piles, Madame, on va mettre un peu de musique, si vous voulez.

Joss les regardait faire, ces hommes costauds, ces hommes durs au labeur, ces hommes des montagnes, bergers, éleveurs, fromagers. Il les voyait si timides devant Mary et il en fut ému. D’autres objets, des morceaux de pain ou des biscuits sortirent de toutes les sacoches des visiteurs. Des femmes s’approchèrent de Mary et s’enquirent de son état. La jeune femme les rassura, elle expliqua que Joss avait été formidable.

- Je dois être affreuse ! s’exclama Mary.

Une jeune fille presque de son âge, sortit une petite trousse de son sac à dos.

- J’ai là quelques produits, si vous voulez, ça me ferait plaisir.

Mary acquiesça, non qu’elle eût réellement le souci du maquillage en cet endroit, mais elle avait senti le désir de cette jeune fille de jouer elle aussi un rôle dans cette scène. Quelques hommes se moquèrent. Mais l’adolescente leur tint tête :

- Vous, chargez-vous de la requinquer avec vos vivres ! Moi, je la rends belle à vos yeux…

Et Joss lut la fierté dans son regard et il vit le sourire de Mary. Et il en fut ému.

D’autres personnes entraient chaque quart d’heure dans le gîte. Les femmes du Renard étaient elles aussi arrivées, avec la soupe dans des gourdes thermos. Quelqu’un dénicha des stocks de bougies dans un placard, on illumina la pièce, telle une cathédrale. Des femmes prirent des draps à l’étage et s’en servirent de nappes. On installa le lieu pour un festin. Des rires s’élevaient maintenant, des gestes tendres apparaissaient entre les hommes et les femmes du versant, eux d’habitude si réservés dans l’expression de leurs sentiments.

 

La dernière bûche fut jetée dans l’âtre. Joss attrapa la grande hache qui se trouvait là et se dirigea vers la sortie. Il avait repéré à l’extérieur une soupente pleine d’énormes rondins. Mais trois jeunes garçons, dont Pierre Letellier, le plus jeune fils d’Alphonse et Yvonne, l’arrêtèrent.

- Restez avec votre dame, m’sieur, on s’en occupe du bois !

Et ils disparurent en pariant déjà sur qui débiterait le plus de bûches.

Un gros homme portait un plateau de fromage et passait au milieu des convives pour en offrir.

- Tenez ! Goûtez à mon bon fromage !

Mais un autre intervint :

- Ton fromage ? Tu plaisantes ! Tes vaches paissent dans mon champ !

- Oh non, ça suffit ! intervinrent quelques femmes, pas ce soir !

- N’empêche que c’est mon champ, reprit le second homme.

Un débat débuta. Les deux hommes étaient en conflit depuis plusieurs années à propos de la propriété d’un champ. Le juge de Rodez devait donner prochainement sa sentence.

- Oubliez ça pour ce soir ! leur demanda Yvonne.

- Ouais, on peut faire ça, dirent-ils, on peut faire la paix pour cette nuit.

- Faites la pour toujours, dit alors Mary.

Tout le monde se tourna vers elle. Elle avait à peine murmuré mais personne n’avait le moindre doute sur les mots qu’elle avait prononcés.

- Vous vous battez depuis des années, continua la jeune femme, ce n’est qu’un champ. Attendez le jugement et devenez amis !

Et, alors que personne ne pensait plus que cela puisse arriver un jour, les deux rivaux se serrèrent la main, puis se tombèrent dans les bras l’un de l’autre. A l’autre bout de la table, Alphonse Letellier donna un coup de coude complice à Joss :

- Ils couraient les filles ensemble ces deux là, quand ils avaient vingt ans, lui glissa-t-il à l’oreille. Copains comme cochons, c’est comme ça qu’on les aime !

 

La fête se poursuivit. Quand le jour pointa, le café remplaça le vin. Les yeux commençaient à se fermer d’eux-mêmes, mais personne ne voulait partir. Finalement, la fatigue, on ferait avec. Partir, c’était prendre le risque que tout cela s’arrête, que le bonheur de cette nuit improbable ne s’estompe et que jamais on ne le connaisse à nouveau sur ce versant… On avait bon, on avait de la chaleur dans les cœurs. Ce n’était pas que le vin, chacun le comprenait bien. Il y avait ce petit couple de Picardie et leur bébé, l’enfant que l’on n’avait presque pas entendu, mais que tout le monde avait regardé avec au cœur une émotion troublante. Comme si leur vie venait de changer…

 

Publié dans Ecrits

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Non, rien

Publié le par Xavier Pasteau

A Papa, qui s'intéressait aux uns... et aux autres. 

 

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Il faut défendre le budget de la culture (c'est pas moi qui le dis, c'est Hugo !)

Publié le par Xavier Pasteau

Voici ci-dessous la transcription officielle d'un discours de Victor Hugo à l'Assemblée Nationale lors du débat sur le budget de l'instruction publique (qui incluait la culture) en 1848. La source est le site de l'Assemblée Nationale elle-même, d'où l'insertion dans ce texte des réactions suscités dans l'hémicycle. #Natha Naelle #Camille Geoffroy

 

Victor Hugo
Discours à l’Assemblée nationale (1848-1871)

Séance du 11 novembre 1848

[...]

Le citoyen président. L'ordre du jour appelle la suite de la discussion du budget rectifié pour 1848.

La discussion générale, commencée hier sur le budget du ministère de l'instruction publique, continue. M. Victor Hugo a la parole.

Le citoyen victor Hugo. Personne plus que moi, messieurs, n'est pénétré de la nécessité, de l'urgente nécessité d'alléger le budget ; seulement, à mon avis, le remède à l'embarras de nos finances n'est pas dans quelques économies chétives et contestables ; ce remède serait, selon moi, plus haut et ailleurs : il serait dans une politique intelligente et rassurante, qui donnerait confiance à la France, qui ferait renaître l'ordre, le travail et le crédit... (Exclamations et rires)

Plusieurs membres. C'est très facile, il suffirait de la trouver !

Une voix. La politique de l’Événement.

Le citoyen Hugo.....Et qui permettrait de diminuer, de supprimer même les énormes dépenses spéciales qui résultent des embarras de la situation. C'est là, messieurs, la véritable surcharge du budget, surcharge qui, si elle se prolongeait et s'aggravait encore, et si vous n’y preniez garde, pourrait, dans un temps donné, faire crouler l'édifice social.

Ces réserves faites, je partage sur beaucoup de points l'avis de votre comité des finances.

J'ai déjà voté, et je continuerai de voter la plupart des réductions proposées, à l'exception de celles qui me paraîtraient tarir les sources mêmes de la vie publique et de celles qui, à côté d'une amélioration financière douteuse, me présenteraient une faute politique certaine.

C'est dans cette dernière catégorie que je range les réductions proposées par le comité des finances sur ce que j'appellerai le budget spécial des lettres, des sciences et des arts.

Ce budget devrait, par toutes les raisons ensemble, être réuni dans une seule administration et tenu dans une seule main. C'est un vice de notre classification administrative que ce budget soit réparti entre deux ministères, le ministère de l’instruction publique et le ministère de l'intérieur.

Ceci m'obligera, dans le peu que j'ai à dire, d'effleurer quelquefois le ministère de l'intérieur. Je pense que l'Assemblée voudra bien me le permettre, pour la clarté même de la démonstration. Je le ferai, du reste, avec une extrême réserve. (Parlez ! parlez !)

Je dis, messieurs, que les réductions proposées sur le budget spécial des sciences, des lettres et des arts sont mauvaises doublement : elles son insignifiantes au point de vue financier, et nuisibles à tous les autres points de vue.

Insignifiantes au point de vue financier. Cela est d'une telle évidence, que c’est à peine si j’ose mettre sous les yeux de l’Assemblée le résultat d’un calcul de proportion que j’ai fait. Je ne voudrais pas éveiller le rire de l’Assemblée dans une question sérieuse ; cependant il m’est impossible de ne pas lui soumettre une comparaison bien triviale, bien vulgaire, mais qui a le mérite d'éclairer la question et de la rendre pour ainsi dire visible et palpable.

Que penseriez-vous, messieurs, d'un particulier qui aurait 1.500 fr. de revenus, qui consacrerait tous les ans à sa culture intellectuelle par les sciences, les lettres et les arts, une somme bien modeste, 5 francs, et qui, dans un jour de réforme, voudrait économiser sur son intelligence six sous ?

Voila, messieurs, la mesure exacte de l'économie proposée. (Nouveau rire) Eh bien, ce que vous ne conseilleriez pas à un particulier, au dernier des habitants d'un pays civilisé, on peut le conseiller à la France !

Je viens de vous montrer à quel point l'économie serait petite ; je vais vous montrer maintenant combien le ravage serait grand.

Pour vous édifier sur ce point, je ne sache rien de plus éloquent que la simple nomenclature des institutions, des établissements, des intérêts que les réductions proposées atteignent dans le présent et menacent dans l'avenir.

J'ai dressé celte nomenclature ; je demande à l'Assemblée la permission de la lui lire, cela me dispensera de beaucoup de développements.

Les réductions proposées atteignent :

Le collège de France,

Le Muséum,

Les bibliothèques,

L'école des chartes,

L'école des langues orientales,

La conservation des archives nationales,

La surveillance de la librairie à l'étranger... (l'orateur s'interrompant) ruine complète de notre librairie, le champ livré à la contrefaçon… .

Je continue : 1

L'école de Rome,

L'école des beaux-arts de Paris,

L'école de dessin de Dijon,

Le conservatoire,

Les succursales de province,

Les musées des Thermes et de Cluny,

Nos musées de peinture et de sculpture,

La conservation des monuments historiques.

Les réformes menacent pour l'année prochaine :

Les facultés des sciences et des lettres,

Les souscriptions aux livres,

Les Subventions aux sociétés savantes,

Les encouragements aux beaux-arts.

En outre (ceci touche au ministère de l'intérieur, mais la chambre me permettra de le dire, pour que le tableau soit complet), les réductions atteignent dès à présent et menacent, pour l'an prochain, les théâtres ; je ne veux en dire qu'un mot en passant : on propose la suppression d'un commissaire sur deux ; j'aimerais mieux la suppression d'un censeur et même de deux censeurs…. (On rit)

Un membre. II n'y a plus de censure !

Un membre à gauche. Elle sera bientôt rétablie !

Le citoyen Victor Hugo. Enfin le rapport réserve ses plus dures paroles et ses menaces les plus sérieuses pour les indemnités et secours littéraires. Oh ! voilà de monstrueux abus ! Savez-vous, messieurs, ce que c'est que les indemnités et les secours littéraires ? C'est l'existence de quelques familles pauvres entre les plus pauvres ; honorables entre les plus honorables. Si vous adoptiez les réductions proposées, savez-vous ce qu'on pourrait dire ? On pourrait dire : Un artiste, un poète, un écrivain célèbre travaille toute sa vie, il travaille sans songer à s'enrichir, il meurt, il laisse à son pays beaucoup de gloire, à la seule condition de donner à sa veuve et à ses enfants un peu de pain. Le pays garde la gloire et refuse le pain.

Voilà ce qu'on pourrait dire et voilà ce qu'on ne dira pas, car, à coup sûr, vous n'entrerez pas dans ce système d'économies qui consternerait l'intelligence et qui humilierait la nation.

Vous le voyez, ce système, comme vous le disait si bien hier notre honorable collègue M. Charles Dupin, ce système attaque tout, ce système ne respecte rien, ni les institutions anciennes, ni les institutions modernes, pas plus les fondations libérales de François Ier que les fondations libérales de la convention. Ce système d'économies ébranle d'un seul coup tout cet ensemble d'institutions civilisatrices qui est, pour ainsi dire, la base du développement de la pensée française.

Et quel moment choisit-on (c'est ici, à mon sens, la faute politique grave que je vous signalais en commençant), quel moment choisit-on pour mettre en question toutes ces institutions à la fois ? Le moment où elles sont plus nécessaires que jamais, le moment où, loin de les restreindre, il faudrait les étendre et les élargir.

Eh ! quel est, en effet, j'en appelle à vos consciences, j'en appelle à vos sentiments à tous, quel est le grand péril de la situation actuelle ? L'ignorance ; l’ignorance plus encore que la misère... (Adhésion), l'ignorance qui nous déborde, qui nous assiège, qui nous investit de toutes parts. C'est à la faveur de l'ignorance que certaines doctrines fatales passent de l'esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau confus des multitudes. Le communisme n'est qu'une forme de l'ignorance. (Très bien !). Le jour où l'ignorance disparaîtrait, les sophismes s'évanouiraient. Et c'est dans un pareil moment, devant un pareil danger qu'on songerait à attaquer, à mutiler, à ébranler toutes ces institutions qui ont pour but spécial de poursuivre, de combattre, de détruire l'ignorance !

Sur ce point, j'en appelle, je le répète, au sentiment de l'Assemblée. Quoi ! d'un côté, la barbarie dans la rue, et de l'autre, le vandalisme dans le Gouvernement ! Messieurs, il n'y a pas que la prudence matérielle au monde, il y a autre chose que ce que j'appellerai la prudence brutale. Les précautions grossières, les moyens de force, les moyens de police ne sont pas, Dieu merci, le dernier mot des sociétés civilisées ! On pourvoit à l'éclairage des villes, on allume tous les soirs, et on fait très bien, des réverbères dans les carrefours, dans les places publiques ; quand donc comprendra-t-on que la nuit peut se faire aussi dans le monde moral, et qu'il faut allumer des flambeaux pour les esprits ! (Approbation et rires.)

Puisque l'Assemblée m'a interrompu, elle me permettra d'insister sur ma pensée.

Oui, messieurs, j'y insiste. Un mal moral, un mal moral profond nous travaille et nous tourmente; ce mal moral, cela est étrange à dire, n'est autre chose que l'excès des tendances matérielles. Eh bien, comment combattre le développement des tendances matérielles ? Par le développement des tendances intellectuelles. Il faut ôter au corps et donner à l'âme.

Quand je dis: Il faut ôter au corps et donner à l'âme, vous ne vous méprenez pas sur mon sentiment. (Non ! non !) Vous me comprenez tous ; je souhaite passionnément, comme chacun de vous, l’amélioration du sort matériel des classes souffrantes ; c'est là, selon moi, le grand, l'excellent progrès auquel nous devons tous tendre de tous nos vœux comme hommes et de tous nos efforts comme législateurs.

Mais si je veux ardemment, passionnément le pain de l'ouvrier, le pain du travailleur, qui est mon frère, à côté du pain de la vie, je veux le pain de la pensée, qui est aussi le pain de la vie ; je veux multiplier le pain de l'esprit comme le pain du corps. (Bruit).

Il me semble, messieurs, que ce sont là les questions qui ressortent naturellement de ce budget de l’instruction publique que nous discutons en ce moment. (Oui ! oui !).

Eh bien, la grande erreur de notre temps a été de pencher, je dis plus ; de courber l’esprit des hommes vers la recherche du bien-être matériel, et de les détourner par conséquent du bien-être religieux et du bien-être intellectuel. (C’est vrai !). La faute est d’autant plus grande que le bien-être matériel, quoi qu'on fasse, quand même tous les progrès qu’on rêve et que je rêve aussi, moi, seraient réalisés, le bien-être matériel ne peut et ne pourra jamais être que le partage de quelques-uns, tandis que le bien-être religieux, c'est-à-dire la croyance, le bien être intellectuel, c'est-à-dire l’éducation, peuvent être donnés a tous. (Approbation).

D’ailleurs le bien-être matériel ne pourrait être le but suprême de l'homme en ce monde qu'autant qu’autant qu’il n’y aurait pas d’autres vies et c’est là une affirmation désolante, c’est là un mensonge affreux qui ne doit pas sortir des institutions sociales. (Très bien !).

Il importe, messieurs, de remédier au mal, il faut redresser, pour ainsi dire, l’esprit de l’homme ; il faut, et c'est à la grande mission spéciale du ministère de l'instruction publique, il faut relever l'esprit de l'homme, le tourner vers Dieu, vers la conscience, vers le beau, vers le juste et le vrai, vers le désintéressé et le grand. C'est là ; et seulement là, que vous trouverez la paix de l'homme avec lui-même, et par conséquent la paix de l'homme avec la société. (Très bien !)

 Pour arriver à ce but, messieurs, que faudrait-il faire ? Précisément tout le contraire de ce qu'ont fait les précédents gouvernements ; précisément tout le contraire de ce que vous propose votre comité des finances. Outre l'enseignement religieux, qui tient le premier rang parmi les institutions libérales, il faudrait multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les musées, les théâtres, les librairies ; il faudrait multiplier les maisons d'études, pour les enfants, les maisons de lecture pour les hommes ; tous les établissements, tous les asiles où l'on médite, où l’on s'instruit, où l’on se recueille, où l'on apprend quelque chose, où l'on devient meilleur, en un mot ; il faudrait faire pénétrer de toutes parts la lumière dans l'esprit du peuple, car c'est par les ténèbres qu'on le perd. (Très-bien !)

Ce résultat vous l'aurez quand vous voudrez ; quand vous le voudrez, vous aurez en France un magnifique mouvement intellectuel ; ce mouvement, vous l'avez déjà ; il ne s'agit que de l'utiliser et de le diriger; il ne s'agit que de bien cultiver le sol. La question de l'intelligence, j'appelle sur ce point l'attention de l'Assemblée ; la question de l'intelligence est identiquement la même que la question de l'agriculture (Mouvement).

L'époque où vous êtes est une époque riche et féconde ; ce ne sont pas, messieurs, les intelligences qui manquent, ce ne sont pas les talents ; ce ne sont pas les grandes aptitudes ; ce qui manque, c’est l’impulsion sympathique, c’est l'encouragement enthousiaste d'un grand gouvernement. (C'est vrai !) Ce gouvernement, j'aurais souhaité que la monarchie le fût ; elle n’a pas su l'être. Eh bien, ce conseil que je donnais loyalement à la monarchie (Rires), je le donne loyalement à la République. (Nouveaux rires.)

Je voterai contre toutes les réductions que je viens de vous signaler et qui amoindriraient l'éclat utile des lettres, des arts et des sciences :

Je ne dirai plus qu’un mot aux honorables auteurs du rapport. Vous êtes tombés dans une méprise regrettable, vous avez cru faire une économie d'argent, c’est une économie de gloire que vous faites (Mouvement) ; je la repousse pour la dignité de la France, je la repousse pour l'honneur de la République. (Très bien ! très bien !)

[…]

Publié dans Le Vaste Monde

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