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Camus, Malraux, Mauriac... et moi !

Publié le par Xavier Pasteau

J'ai écrit un roman, en 2008, intitulé "Ce que nous sommes".

Avec le recul, je ressens le côté pourri de ce titre, mais, n'empêche, ce livre reste un marqueur majeur de ce que j'ai su produire et proposer au "vaste monde".

Lire le roman ? Facile ! Il suffit d'aller sur lulu.com et de l'acheter. Ou alors, de venir prendre un verre à la maison, dire que ma chatte est belle (ce qu'elle est), que mon chat est beau (ce qu'il est), que ma femme est merveilleuse (ce qu'elle est, les jours sans), et trinquer aux bonnes choses, aux belles personnes, et aux lendemains que nous ferons meilleurs. Là, normalement, sauf si tu es encarté au FN, tu repartiras avec mon roman...

(je rigole !)

J'ai donc écrit un roman, disais-je... C'était en 2008, quelques mois avant l'échec de la Conférence des Nations Unies sur le climat de Copenhague... Et voilà que se présente en décembre prochain le nouveau rendez-vous mondial pour le climat à Paris ! Et voilà-t'y pas que mon roman avait pour décor la préparation puis le déroulement d'une conférence planétaire semblable, à Paris, quelques mois après un attentat terroriste... Je dis ça, je dis rien, mais ça me semble être le moment de s'inviter à boire l'apéro à la maison !

Plus sérieusement, je souhaite vivement que la COP 21, cette conférence mondiale qui se tiendra à Paris en décembre, réussisse. Les récentes annonces du Président Obama, tout comme les nouveaux programmes chinois de réduction des émissions de gaz à effet de serre, vont dans le bon sens. Après...

Après... Restera à ce que les riches acceptent de le devenir moins, pour que les pauvres puissent, malgré tout, alimenter leur développement avec des droits énergétiques... Reste à ce que nous acceptions de payer une chtouille plus cher les matières premières et les denrées importées, pour que les producteurs du Sud - et leurs ouvriers - gagnent plus... Pas facile, quand c'est la crise !

Sauf que, si on se plante en décembre, ce sera la crise en pire, mais pour nos enfants. Je ne vais pas vous refaire le coup de la roulette russe, mais juste ceci : si on se plante, on reporte sur nos enfants une charge qui nous paraît déjà, à nous, insurmontable. Alors je fais quoi, moi ? Je me fais énucléer tout de suite, ou je m'engage avec ma belle et tendre dans la création d'une famille ?

 

"Chacun est responsable pour tous. Chacun est seul responsable. Chacun est seul responsable pour tous." (Antoine de Saint-Exupéry)

Publié dans Le Vaste Monde

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Nuit d'orage

Publié le par Xavier Pasteau

     La météo avait annoncé les orages, aussi ne fûmes-nous pas pris au dépourvu. En fin d’après-midi, le ciel s’était obscurci peu à peu et le vent s’était levé. Puis, pendant le dîner familial pris dans la grande salle à manger, les premiers éclairs et la pluie étaient apparus. En moins d’un quart d’heure, nous avions été plongés dans une obscurité irréelle. Il faisait nuit en plein jour. Puis la pluie s’était déchaînée brusquement, claquant sur le toit de la maison, contre les carreaux de toutes les fenêtres exposées à l’Ouest, contre les arbres, sur les voitures, le toit en tôle de la remise.
    Nous avons arrêté de manger, tous. Je voyais chacun rentrer un peu plus la tête dans les épaules, comme pour se protéger, comme si la foudre et la maison pouvaient s’abattre sur nous à tout moment. Les voix se sont tues, les seules phrases échangées tout le temps de l’orage ne furent que des murmures. Nous nous heurtions avec irrationalité à la toute puissance des éléments. La nature chassa ce soir-là tout ce qu’il y avait de policé et de codifié pour nous rendre, un court instant, même partiellement, à l’état de nature. Ce soir-là, j’ai entendu pour la première et unique fois de ma vie ma grand-mère tutoyer rudement sa belle-fille, ma tante Vado. Ce soir-là, j’ai vu mes deux cousins accepter de fiche en l’air leurs belles chaussures italiennes pour grimper en haut d’une échelle et dégager une gouttière qui menaçait de déborder. Ce soir-là, j’ai entendu ma mère se taire. Pendant deux heures, pas un mot. Elle était pétrifiée, terrorisée, sidérée par la violence des choses. Elle, d’habitude bavarde jusqu’à l’épuisement, se tut. Et cela reste pour moi le fait marquant de cette nuit d’été.
    
L’électricité sauta au bout de vingt minutes d’orage. Un cri de stupeur et d’angoisse jaillit de toutes nos gorges, vite couverts par les rires des enfants et un rot retentissant que je crois pouvoir attribuer à mon frère, encore que je n’en aie pas la preuve. Puis Papa s’est levé et a crié à Mélanie, sa plus jeune sœur, de venir avec lui. Il a sorti son portable de sa veste et s’en est servi de lampe de poche jusque dans l’arrière-cuisine. Là, il savait pouvoir trouver des bougies. Ils sont revenus au bout de quelques minutes avec les vieux chandeliers en argent ornementés de douze bougies allumées, douze petites lucioles dans la nuit noire qui nous avait enserrés et surpris. Et il souriait, et il était fier mon père. Et j’ai compris que nous allions passer une bonne soirée.

     L’électricité n’avait été rétablie que le lendemain en milieu de matinée. Nous nous étions couchés tard, discutant sans fin à la lueur des chandeliers. Grand-Mère nous avait raconté des souvenirs, les plus vifs pour elle, ceux de la Guerre. L’exode, tassée au fond de la voiture familiale avec ses frères et sœurs, bringuebalée par les chaos de la route, sa mère conduisant lentement, terrorisée par les rumeurs qui circulaient parmi les réfugiés : les avions allemands, disait-on, piquaient sur les colonnes de civils et lâchaient leurs bombes. Ils voulaient ainsi couper les routes et ralentir plus encore le repli des troupes françaises. Le moindre bruit dans le ciel imposait un lourd silence dans la voiture. A l’avant, Antoine, l’aîné des enfants, sortait alors la tête, tentant d’apercevoir les avions avant qu’ils n’amorcent leur descente mortelle. On roulait la peur au ventre, les petits à l’arrière n’osaient pas pleurer, comme pour éviter d’ajouter au stress de leur mère, mais ils peinaient à se contenir. Ma grand-mère crut que son cœur allait exploser mille fois, elle n’avait que huit ans mais elle comprenait que ce qui se passait ressemblait à la fin du monde. La trajectoire familiale construite patiemment depuis plusieurs générations s’effondrait brutalement dans ce dernier printemps. On ne savait plus où se trouvait mon grand-père – on apprendrait plus tard qu’il avait réussi à franchir la Loire avant même sa famille. On savait que l’oncle Amédée, l’oncle de ma grand-mère avait été fait prisonnier dans les Ardennes. On ne savait plus où était le gouvernement. On savait seulement qu’il fallait franchir la Loire avant que l’armée ne fasse sauter les ponts pour ralentir l’avance ennemie. La famille parvint à Gien un soir, tard. Une foule immense se pressait aux abords de la petite ville. En son sein fourmillait une nouvelle terrible : le pont avait été détruit, plus personne ne pouvait passer par là. Ma grand-mère ne comprit ce que cela voulait dire que lorsqu’elle vit sa mère tomber en larmes, vaincue par la tension nerveuse, découragée, désespérée. Son souvenir est vivace : elle vit sa mère s’effondrer sur le volant et pleurer en gémissant. Elle disait qu’elle n’y arriverait pas, elle disait que la guerre avait gagné, elle disait qu’elle n’était pas prête pour ça, elle disait qu’elle n’était pas digne d’être leur mère. Les petits à l’arrière furent terrifiés par cette image de leur mère. Les mots de ma grand-mère pour décrire cette scène me sont restés gravés à jamais : "Lorsque, quelques jours plus tard, le Maréchal a annoncé la capitulation, cela ne nous a rien fait. Nous savions ce que ce mot signifiait, mais nous n’en fûmes pas spécialement marqués. Pour nous, la capitulation, nous l’avions vécue en direct, à Gien."
    Finalement, la famille avait pu franchir le fleuve à Cosne-sur-Loire et avait atteint la propriété familiale sans encombre, retrouvant le reste du clan, dont mon arrière-grand-père, heureusement sain et sauf. On ne déplorait aucun mort dans la parentèle proche, du moins pas encore. Hélas, l’oncle Amédée ne revint jamais d’Allemagne, vaincu par la malnutrition et une épidémie de typhus. Après, ce fut l’occupation, avec son lot de privations et de peurs latentes. Le récit de ma grand-mère se fit plus lent, plus monocorde, les plus jeunes de mes cousins s’endormirent. L’exode avait constitué un moment de terreur brute, un épisode paroxystique pour une petite fille qui avait vu s’effondrer en quelques heures tous les piliers de son univers et notamment le plus important, le plus superbe, le plus symbolique de tous, sa mère. L’occupation ne fut ensuite qu’un enchaînement de saisons ennuyeuses, une période sans histoire où les tickets de rationnement constituaient la préoccupation majeure.
    
Quand ma grand-mère s’interrompit, Papa sortit le Cognac du placard et le servit à qui voulait. La pluie tombait moins drue désormais, le vent soufflait moins fort. Les mères de famille emmenèrent les plus jeunes se coucher. Oncle Antoine disparut dans la bibliothèque et en revint avec une grosse boîte à cigares.
    
"C’est bombance ! s’exclama tante Vado.
    
- Ce n’est pas tous les jours la fin du monde, répondit oncle Antoine."
     Les lourdes volutes emplirent bientôt le grand salon. Nous étions bien, nous avions chaud dedans maintenant, nous étions ensemble, coupés du monde, sortis de notre époque pour le temps d’une nuit. Nous nous mêlions au-delà des générations, savourant la perfection d’un alcool riche et jouant aux milords, avec nos cigares, en attendant le jour.

 

 

Tiré de "Les gardiens involontaires de la nuit", accessible sur www.lulu.com, et que ma mère n'a pas aimé... 

 

Publié dans Ecrits

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Des armes

Publié le par Xavier Pasteau

Qui dit abolition + Léo, dit "Des armes", texte écrit par Léo dans les années 60, puis mis en musique par Noir Désir. J'ai le texte glissé dans mon portefeuille...

A connaître, absolument ! 

 

Des armes, des chouettes, des brillantes,
Des qu'il faut nettoyer souvent pour le plaisir
Et qu'il faut caresser comme pour le plaisir
L'autre, celui qui fait rêver les communiantes

Des armes bleues comme la terre,
Des qu'il faut se garder au chaud au fond de l'âme,
Dans les yeux, dans le coeur, dans les bras d'une femme,
Qu'on garde au fond de soi comme ongarde un mystère

Des armes au secret des jours,
Sous l'herbe, dans le ciel, et puis dans l'écriture,
Des qui vous font rêver très tard dans les lectures,
Et qui mettent la poésie dans les discours.

Des armes, des armes, des armes,
Et des poètes de service àla gâchette
Pour mettre le feu aux dernières cigarettes
Au bout d'un vers français brillant comme une larme.

 

Publié dans Léo

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J'ai l'honneur de demander à l'Assemblée Nationale...

Publié le par Xavier Pasteau

J'étais un enfant, une chtouille à la surface du globe, protégé par des parents aimants. Pourtant, ce qui suit reste pour moi un acte fondateur, essentiel, une base de ma conscience citoyenne, et de ma conscience de croyant, et de ma conscience d'être humain.

C'est Robet Badinter, Garde des Sceaux, qui parle, et qui concrétise une lutte plus que séculaire, et qui, à jamais, nous honore, nous les gens de France. 

 

Rejoignez "Ensemble contre la peine de mort" : http://www.abolition.fr/

Et, en ce moment très particulier, je rappelle mon exigence de la préservation de la vie de Serge Atlaoui, détenu, et condamné, en Indonésie. 

Publié dans Le Vaste Monde

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La parole est à Victor Hugo !

Publié le par Xavier Pasteau

Ah ! il était temps, sur ce blog qui a déjà presque deux heures d'existence, de parler de politique ! Et donc, ce sera avec Victor Hugo et notre Europe, bien en souffrance ces temps-ci, que nous commencerons. 

Le discours ci-dessous a été prononcé le 24 février 1855, à l'occasion du 7ème anniversaire de la révolution de 1848, qui avait donné naissance à la IIème République. A cette époque, Victor Hugo vivait en exil à Guernesey. mais on idéal de société restait intact.

Prends en l'habitude, Hugo sera souvent de la partie sur ce blog !

 

"Si l'Europe des peuples eût succédé en 1848 à l’Europe des rois, voici quelle serait aujourd'hui après sept années de liberté et de lumière, la situation du continent.

On verrait ceci :

Le continent serait un seul peuple; les nationalités vivraient de leur vie propre dans la vie commune ; l’Italie appartiendrait à l'Italie, la Pologne appartiendrait à la Pologne, la Hongrie appartiendrait à la Hongrie, la France appartiendrait à l'Europe, l'Europe appartiendrait à l'Humanité.

Le groupe européen n’étant plus qu'une nation, l'Allemagne serait à la France, la France serait à l'Italie ce qu'est aujourd'hui la Normandie à la Picardie et la Picardie à la Lorraine. Plus de guerre; par conséquent plus d’armée.

Plus de frontières, plus de douanes, plus d'octrois ; le libre échange ; flux et reflux gigantesque de numéraire et de denrées, industrie et commerce vingtuplés.

Une monnaie continentale, à double base métallique et fiduciaire, ayant pour point d'appui le capital Europe tout entier et pour moteur l'activité libre de deux cents millions d'hommes, cette monnaie, une, remplacerait et résorberait toutes les absurdes variétés monétaires d'aujourd'hui, effigies de princes, figures des misères; variétés qui sont autant de causes d'appauvrissement; car, dans le va-et-vient monétaire, multiplier la variété, c'est multiplier le frottement ; multiplier le frottement, c'est diminuer la circulation. En monnaie, comme en toute chose, circulation, c'est unité.

La fraternité engendrerait la solidarité; le crédit de tous serait la propriété de chacun, le travail de chacun, la garantie de tous.

Liberté d'aller et venir, liberté de s'associer, liberté de posséder, liberté d'enseigner, liberté de parler, liberté d’écrire, liberté de penser, liberté d'aimer, liberté de croire, toutes les libertés feraient faisceau autour du citoyen gardé par elles et devenu inviolable.

On verrait partout le cerveau qui pense, le bras qui agit, la machine servant l'homme ; les expérimentations sociales sur une vaste échelle ; toutes les fécondations merveilleuses du progrès par le progrès; la science aux prises avec la création; des ateliers toujours ouverts dont la misère n'aurait qu'à pousser la porte pour devenir le travail ; des écoles toujours ouvertes dont l'ignorance n'aurait qu'à pousser la porte pour devenir la lumière.; où l’enfant pauvre recevrait la même culture que l’enfant riche; des scrutins où la femme voterait comme l'homme ; car nous proclamons la femme notre égale, avec le respect de plus. O femme, mère, compagne, sœur, éternelle mineure, éternelle esclave, éternelle sacrifiée, éternelle martyre, nous vous relèverons !

Dans la vieille cité du dix août et du vingt-deux septembre, déclarée désormais la Ville d'Europe, une colossale assemblée, l'assemblée des États-Unis d'Europe, arbitre de la civilisation, sortie du suffrage uni­versel de tous les peuples du continent, traiterait et réglerait, avec l'aide de la presse universelle libre, toutes les questions de l'humanité, et ferait de Paris au centre du monde un volcan de lumière."

 

Moi, je dis ça, je dis rien...

 

Publié dans Le Vaste Monde

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